Au milieu de la forêt de Pebeyre, déployant leur faîte jusqu'au ciel, il y avait  deux sapins géants qui dominaient d'autres essences pourtant séculaires.

Le premier des deux fut abattu vers 1887 [1], il présentait alors 217 cercles de croissance. Si bien que l'on peut établir avec précision qu'ils furent plantés vers 1670.

Le second que l'on appelait "l'aubre de Pebrieyra" [1], décapité par une tempête, fut coupé le 20 février 1936 [3] à l'âge respectable de 266 ans. Une photographie fixa cet instant tristement mémorable. L'arbre dépassait les 50m de hauteur, ses premières branches s'étalaient jusqu'à 14m, et la circonférence du tronc à sa base atteignait plus de 6m.

Il s'agissait d'un sapin pectiné (Abies pectinata) à feuillage noir.

Abattage du sapin le 20 févier 1936

Sources et Bibliographie

[1]    Article de Georges Marouby publié dans le bulletin de la société scientifique historique et archéologique de la Corrèze. Tome CVIII, 1986.

[2]    Le Bas-Limousin Seigneurial et Religieux, J. B. Champeval de Vyers, 1896.

[3]    Le canton de La Roche-Canillac en Corrèze: Francis Ducreux, Editions Artelia, 2007.

[4]   La Paroisse de Saint-Pardoux-la-Croisille: Notice historique de M. l'Abbé J.-B. Poulbrière notablement améliorée par Marcellin Chastanet. Brive Imprimerie Catholique, 1925.

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Sur la photo, on peut reconnaître de droite à gauche :

Pezeire, marchand de bois aux Chemineaux, Armand Louis cultivateur à Mensac, Armand Achille boucher au bourg, une personne non identifiée, Valery Léon bûcheron aux Chemineaux, Bengazi scieur aux Chemineaux.

Ce sapin majestueux inspira de nombeux auteurs et poètes. Deux écrits témoignent de l'admiration qu'il suscitât [4]:

Lettre de M. Lafond de Saint-Mûr à M. Charles de Pebeyre (Extraits):

" ... La merveille, le diamant de votre bois, c'est le sapin que mentionnent les géographes; il est le géant de nos montagnes, le roi du pays, chéri, vénéré des alentours; sa hauteur est prodigieuse et ses développements gigantesques. Sa flèche se voit de plusieurs lieues.

" Des racines au faîte, il est vraiment superbe".

Ce sapin émerge majestueusement dans une éclaircie de la forêt qui, en le laissant à découvert, lui fait une sorte de place d'honneur. Vous vous découvrez devant lui avec émotion et vous avez raison.

"Je ne sais aucun monument aussi beau qu'un vieil arbre avec son feuillage toujours jeune" a dit Alphonse Karr. On reconnait la vérité de cette pensée à l'aspect de votre colosse végétal.

.......

 

Votre sapin a vu naitre et mourir de nombreuses générations. Combien de générations encore vivront et mourront à son ombre?

L'auteur de La Vie rurale, Autran, adresse dans la pièce du chêne, à son ami Victor de Laprade, quelques vers qu'on peut lui appliquer:

           

Cet arbre a trois cents ans, on le dit à la ronde,

          Alors qu’il s’élevait du sol au temps ancien,

          Colomb, François Ier, Raphaël, Le Titien

         Se promenaient de par le monde.

          Depuis lors, sans changer de place et d’attitude,

         Combien d’événements n’a-t-il pas vu passer ?

          Combien n'a-t-il pas vu de grandeurs s’éclipser,

                   Sans sourciller d’inquiétude !

…….

Quand je ne puis aller l'admirer sur place, je gravis le puy Charlat, près de Gumond (mons acutus). A cette distance, j'aime, selon les saisons, voir votre bois se transformer en une variété de nuances infinies: les feuilles passent, du printemps, à l'automne, par toutes les gammes du vert, pour aboutir aux tons les plus éclatants du pourpre, du jaune et du violet sombre. Le bois s'étend au loin comme un vaste lac dont le vent fait bruire et balancer les flots. Votre sapin élève sa tête sublime au dessus des autres arbres; il est semblable à un respectable ancêtre étendant ses bras robustes sur une nombreuse et fraîche postérité..."

 

Poésie de M. Chassagne (première et dernière strophes):        

Levoyez-vous, là-bas, dressant sa tête sombre,

Au-dessusde ce bois qu’il couvre de son ombre,

Cesapin, plus altier qu’un cèdre du Liban.

Quel’aigle choisirait pour y bâtir son aire?

Arbremajestueux dont le tronc centenaire

Nepeut plier sous l’ouragan!

…..

Quel’on trouve petit, et pauvre et misérable,

Toutce que l’homme ici croit fonder de durable!

Quede son œuvre enfin on sent tout le néant!

Iln’est de grand que Dieu: d’un mot, il crée un monde!

Luiseul peut, d’un regard, sur la terre féconde,

Nousdonner un arbre géant!

 

Et pour finir, en mémoire de cet arbre unique, mais aussi pour les nostalgiques qui l'ont connu, ce poème de Jacques-René Fiechter vous est offert:

Cet arbre qui brava la foudre, la cognée,

Lui dont la frondaison longtemps fut épargnée,

Va, marqué d’une croix, s’abattre, condamné.

Toi qui te crus solide, au sol enraciné,

De proche en proche écoute et la scie et la hache...

Les bûcherons du soir viendront finir leur tâche ;

Et plus rien, dans l’espace un instant démuni,

Plus rien ne restera de l’arbre et de ses nids.

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